La langue anglaise au lendemain du Brexit est-elle menacée ?

Pascale Chauvot

10 Août 2016

S’il a régulièrement été question depuis le 23 juin dernier des conséquences économiques et politiques du Brexit, un nouveau débat a récemment vu le jour : celui de ses conséquences linguistiques. En effet, le Brexit a mis en lumière un paradoxe des plus inattendus : la langue anglaise pourrait dans un avenir proche ne plus faire partie des langues officielles de l’Union Européenne.

L’Union Européenne va-t-elle continuer à utiliser la langue anglaise ?

Parmi les 24 langues officielles de l’UE, seul le Royaume-Uni a déclaré l’anglais comme langue officielle

Le débat fait actuellement rage dans la sphère politique : la langue anglaise doit-elle à son tour quitter l’Union Européenne ? Car en effet, parmi les 24 langues officielles de l’UE, seul le Royaume-Uni a déclaré l’anglais comme langue officielle auprès des institutions européennes, l’Irlande ayant déclaré le gaélique et Malte, le maltais.

Les réactions des politiques français

« L’anglais ne peut plus être la troisième langue de travail du Parlement Européen » [ Jean-Luc Mélenchon ]

Les réactions des politiques ne se sont d’ailleurs pas fait attendre comme le souligne un article de L’Express : en France, Robert Ménard (maire de Béziers) a déclaré sur Twitter que « La langue anglaise n’a plus aucune légitimité à Bruxelles », tandis que Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de Gauche, s’est exprimé sur le fait que « L’anglais ne peut plus être la troisième langue de travail du Parlement Européen ».

le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker a pris le parti de ne plus s’exprimer qu’en français

Au niveau européen, le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker a pris le parti de ne plus s’exprimer qu’en français et en allemand, tandis que Danuta Huebner, présidente de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement Européen, a demandé le retrait de l’anglais de la liste des langues officielles de l’UE.

Certains se demandent d’ailleurs si le retrait de l’anglais des langues officielles de l’UE ne pourrait pas faciliter l’émergence de l’allemand ou du français comme première langue de travail pratiquée au sein de l’Europe.

Une des conséquences directes du Brexit pourrait-elle être la diminution de l’importance de l’anglais à l’échelle européenne et mondiale ?

Certains se demandent d’ailleurs si le retrait de l’anglais des langues officielles de l’UE ne pourrait pas faciliter l’émergence de l’allemand ou du français

La prédominance de l’anglais en danger ?

Il est important dans un premier temps de clarifier certains points : tout d’abord, le statut de langue officielle ne peut être retiré qu’à la suite d’un vote à l’unanimité de tous les membres du Conseil de l’UE, ce qui n’a pas encore eu lieu.

Par ailleurs, le Parlement Européen quant à lui pratique le « multilinguisme intégral », c’est-à-dire que tous les documents produits par l’hémicycle sont systématiquement traduits dans toutes les langues officielles de l’UE et ne privilégie aucune langue en particulier.

Il n’est donc pas pertinent d’affirmer que l’anglais « n’a plus aucune légitimité à Bruxelles ».

le Parlement Européen quant à lui pratique le « multilinguisme intégral », c’est-à-dire que tous les documents produits par l’hémicycle sont systématiquement traduits dans toutes les langues officielles de l’UE et ne privilégie aucune langue en particulier

La langue anglaise peut-elle véritablement perdre son statut international ?

Ceci est sans compter que la prédominance de l’anglais à l’échelle européenne est un fait difficile à contester, lorsque l’on sait que :

  • Environ 80% des rapports de la Commission Européenne sont rédigés en anglais
  • L’anglais est la langue la plus utilisée par les fonctionnaires et parlementaires européens
  • L’anglais est la première langue véhiculaire en Europe, parlée par 38% d’Européens dont ce n’est pas la langue maternelle (selon un rapport de la Commission Européenne de 2012)
  • L’anglais est souvent utilisé comme langue de transition (notamment dans le domaine de la traduction) pour communiquer d’une langue dite « rare » à une autre.

De même à l’échelle mondiale, la prééminence de l’anglais, en particulier comme langue des affaires internationale est incontestable, comme le montre le graphique ci-dessous.

langue anglaise

http://www.niceworkformation.com/pas-danglais-pas-travail/

Environ 80% des rapports de la Commission Européenne sont rédigés en anglais

Les causes indirectes possibles d’un déclin de l’anglais suite au Brexit

S’il est peu probable donc que l’anglais perde subitement son positionnement de première langue véhiculaire européenne suite au Brexit, certaines causes indirectes peuvent en revanche diminuer son influence.

En effet, l’isolement économique et politique du Royaume-Uni suite à sa sortie de l’UE, bien que relatif, est susceptible d’entrainer une baisse de son  rayonnement économique, provoquant une modification de l’équilibre des pouvoirs en Europe et peut-être par la même occasion un changement dans l’équilibre des langues.

Enfin, l’Union Européenne va perdre suite au Brexit son plus gros groupe de locuteurs anglophones, ce qui pourrait entrainer à terme une baisse de la qualité de son utilisation au sein des institutions européennes et de l’Europe en général, et sans doute une plus grande difficulté à l’apprendre.

l’Union Européenne va perdre suite au Brexit son plus gros groupe de locuteurs anglophones, ce qui pourrait entrainer à terme une baisse de la qualité de son utilisation au sein des institutions européennes

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