Le guide du franc-parler à travers 4 cultures

Matthew MacLachlan

15 Nov 2017

Le franc-parler désigne selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL) une « manière de parler libre, sans contrainte, exprimant le fond de la pensée ». Or, il se trouve qu’une telle façon de s’exprimer n’est pas aussi répandue que l’on aime à le croire. L’usage du franc-parler dépend notamment de la culture dans laquelle nous avons été éduqués, c’est pourquoi nous nous posons aujourd’hui la question du franc-parler à travers les cultures.

Le franc-parler à travers les cultures : à encourager ou à proscrire ?

L’usage du franc-parler constitue la plupart du temps un trait culturel

Il est fréquent de dire de tel ou tel individu « il a son franc-parler », et d’attribuer ainsi cette caractéristique à la personnalité de la personne concernée – à noter que bien souvent, cette remarque sert à excuser les propos de la personne, ce qui en dit long sur la place du franc-parler dans la culture française. Car en effet, l’usage du franc-parler constitue la plupart du temps un trait culturel.

Les cultures peu habituées au franc-parler ne sont pas nécessairement « hypocrites » – il s’agit davantage d’une manière de dire les choses

On peut ainsi découvrir à l’occasion de formations ou de séminaires de communication interculturelle que certaines cultures pratiquent le franc-parler au quotidien alors que d’autres l’évitent consciencieusement.

Au-delà de tout jugement sur les propos – les cultures peu habituées au franc-parler ne sont pas nécessairement « hypocrites » – il s’agit davantage d’une manière de dire les choses. Or il n’est pas toujours évident de déchiffrer le sens de ce que l’on nous dit lorsqu’on s’adresse à des interlocuteurs d’une autre culture. C’est pourquoi il est important de savoir si la culture en question est adepte du franc-parler ou si au contraire cela est tout à fait mal perçu.

Il est important de savoir si la culture en question est adepte du franc-parler

La culture ambivalente du franc-parler en Angleterre

Prenons pour commencer l’exemple de l’Angleterre et celui de la France, deux pays qui entretiennent une relation ambivalente avec le franc-parler. En effet, les notions de liberté et de vérité sont chères à ces deux nations, qui les ont défendues tout au long de leur histoire. Et pourtant…

Le site Courrier International titrait récemment « Le franc-parler dérangeant de Boris Johnson » suite à la critique par le Secrétaire d’État des Affaires Étrangères et du Commonwealth et du Royaume-Uni, du régime saoudien.

On constate donc que le franc-parler est généralement une qualité appréciée par le public anglais et considérée bien souvent comme une marque de courage et de sincérité

Il a ainsi évoqué « leur manque de volonté pour tendre la main aux groupes en dehors de leur propre religion, que ce soit l’islam sunnite ou chiite ». Theresa May, Premier Ministre, a aussitôt rappelé à l’ordre le Secrétaire d’État, ne manquant pas d’affirmer que cette opinion ne reflétait pas celle du gouvernement britannique.

Les médias, dont The Times, ont à cette occasion salué les propos francs de Boris Johnson, qui selon eux a compris que les électeurs apprécient avant tout la sincérité.

On constate donc que le franc-parler est généralement une qualité appréciée par le public anglais et considérée bien souvent comme une marque de courage et de sincérité – ce qui implique paradoxalement que ce même franc-parler demeure peu pratiqué par la classe politique par exemple, mais également au sein de la culture britannique. C’est une attitude qui ne va pas de soi.

La culture du « politiquement correct » en France

Penchons-nous à présent sur le cas de la France. La franchise, la vérité et la sincérité sont des valeurs très prisées par le pays des Droits de l’Homme. On y méprise la « langue de bois » et le très fameux « politiquement correct ».

Pourtant, le franc-parler n’est pas aussi répandu que l’on pourrait le croire en France, comme le souligne Thierry Pfister dans son livre Lettre ouverte aux gardiens du mensonge et qui dénonce l’impossibilité de pratiquer le franc-parler de nos jours en France.

On y méprise la « langue de bois » et le très fameux « politiquement correct »

La culture française entretient donc ici encore une relation ambivalente avec le franc-parler, avec une forte tendance à le valoriser et pourtant une grande difficulté à le pratiquer véritablement. C’est pourquoi il est fréquent, en milieu professionnel, de se voir reprocher son franc-parler, comme le souligne un article publié sur le site de l’Express Entreprise.

En témoigne également la forme même de la langue française, qui accorde une grande place au conditionnel par exemple, aux formules de politesse et aux allusions.

Ce langage reflète une culture à mi-chemin entre l’adoption du franc-parler (souvent associé à de la provocation) et la peur des conséquences de ce dernier, ou encore la nécessité historique de correspondre à l’idéal de l’honnête homme – un homme bien né, humble, courtois et cultivé, refusant tout excès, sachant dominer ses émotions et cherchant avant tout à se rendre agréable.

La culture française entretient donc ici encore une relation ambivalente avec le franc-parler, avec une forte tendance à le valoriser et pourtant une grande difficulté à le pratiquer véritablement

De la Chine aux Pays-Bas : un fossé interculturel en matière de franc-parler

Prenons deux autres exemples que tout oppose : la Chine et les Pays-Bas. La Chine est sans doute un des pays les moins adeptes du franc-parler. En effet, comme dans de nombreuses cultures de la face, la priorité absolue est de ne jamais faire perdre la face à ses interlocuteurs, ce qui est souvent difficilement compatible avec le franc-parler.

La Chine est sans doute un des pays les moins adeptes du franc-parler

Un exemple régulièrement repris par les articles traitant des interactions avec des collaborateurs chinois est celui du « oui » qui signifie « non ».

Cette absence quasi complète de franc-parler pose souvent problème aux Occidentaux désireux de développer des relations commerciales avec la Chine. C’est pourquoi il est important de savoir que le franc-parler n’est pas une pratique conseillée en Chine, sans pour autant considérer que cela équivaut à un manque de franchise ou de sincérité. Il s’agit tout simplement d’une façon différente de communiquer.

La langue néerlandaise est en effet extrêmement directe, car la vérité et la sincérité des propos priment avant tout

Aux Pays-Bas ou en Allemagne, c’est tout le contraire ! Selon le blog Leblogdungrandblond tenu par un expatrié résidant aux Pays-Bas, le franc-parler est une institution dans cette culture.

La langue néerlandaise est en effet extrêmement directe, car la vérité et la sincérité des propos priment avant tout. L’article donne l’exemple d’un employé qui aurait raté une présentation lors d’une réunion importante dans son entreprise.

La réaction de collègues français aurait sans doute été de lui faire comprendre par des formulations un peu détournées que le résultat n’était pas au rendez-vous : « Tu aurais pu faire mieux », « C’était pas mal, mais… ». Un Néerlandais n’hésitera apparemment pas à affirmer : « C’était de la merde », ce qui sera sans doute considéré par le Français comme un abus de sincérité, voire comme un affront.

Nous retrouvons ici le fameux proverbe français, avec les contradictions qu’il implique : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire »…

Un Néerlandais n’hésitera apparemment pas à affirmer : « C’était de la merde », ce qui sera sans doute considéré par le Français comme un abus de sincérité, voire comme un affront.

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