Connaissez-vous les “cultures de la face” ?

Matthew MacLachlan

20 Juil 2017

C’est Erving Goffman qui introduit en 1967 la notion de face appliquée à certaines cultures de par le monde et qui désigne « la valeur sociale positive qu’une personne revendique ». Le principe des cultures de la face est donc de préserver sa face de même que celle de ses partenaires – autrement dit, de ne faire « perdre la face » à personne. Mais nous allons voir dans cet article que le concept de face peut se décliner de différentes manières.

Les cultures de la face dans le monde

Les cultures de la face quant à elles amènent les individus à se construire une vision d’eux-mêmes à travers le regard des autres

Dans un article présentant l’étude menée par deux professeurs de l’IESEG, on découvre en effet que les avancées récentes des travaux conduits sur la notion de face ont permis de la décliner en trois sous-catégories :

  • La face
  • L’honneur
  • La dignité

Ces chercheurs affirment notamment que « dans les trois cas, il s’agit de la conscience de sa propre valeur, autrement dit de l’image que vous vous créez de vous-même. » Cependant, les cultures de l’honneur par exemple mettent l’accent sur la protection du noyau familial et de la réputation – c’est le cas de nombreux pays du Moyen-Orient comme le Qatar par exemple.

Les cultures de la face sont majoritairement représentées par les cultures asiatiques au sein desquelles la notion de face est omniprésente

Les cultures de la face quant à elles amènent les individus à se construire une vision d’eux-mêmes à travers le regard des autres mais en insistant sur l’humilité, le respect et la préservation de l’harmonie. Les cultures de la face sont majoritairement représentées par les cultures asiatiques au sein desquelles la notion de face est omniprésente jusque dans les règles fondamentales de savoir-vivre, tant en milieu professionnel que dans la sphère privée.

Ce nouvel éclairage au sujet de la notion de face a permis notamment de remettre en perspective certaines théories interculturelles très tranchées

Enfin les cultures de la dignité, comme les États-Unis par exemple, accordent davantage d’importance aux individus et non à la collectivité, ce qui amène tout un chacun à prendre ses décision de manière autonome.

Ce nouvel éclairage au sujet de la notion de face a permis notamment de remettre en perspective certaines théories interculturelles très tranchées (par exemple sur la qualification des cultures dites collectivistes ou individualistes) et de nuancer les systèmes de catégorisation des différentes cultures de la planète.

La notion de face en entreprise : quelques règles à respecter

Il est très important de connaître et d’avoir une certaine expérience de la notion de face lorsque l’on se rend pour affaires dans une des régions citées plus haut où les notions de face, de dignité ou d’honneur sont particulièrement prégnantes. Il en découle une multitude de codes à respecter en entreprise (au sein d’une équipe multiculturelle par exemple) ou lors d’une réunion avec vos partenaires commerciaux chinois, américains ou qataris.

Les cultures de la face sont extrêmement attentives à votre capacité à donner de la face

1. Distance hiérarchique

Les codes relatifs à la distance hiérarchique à observer avec vos supérieurs ou vos partenaires commerciaux peuvent dépendre étroitement de cette notion de face. La manière de saluer, de recevoir et de remercier tout en sachant observer la bonne distance hiérarchique varie en fonction des cultures de la face, de l’honneur ou de la dignité.

2. Valorisation des collaborateurs

Les cultures de la face sont extrêmement attentives à votre capacité à donner de la face, c’est-à-dire à les valoriser tout comme elles vous valorisent, afin de préserver l’harmonie de vos relations. Cela peut se traduire par un échange de cadeaux, une invitation au restaurant ou encore par le fait de montrer un intérêt sincère à votre interlocuteur.

3. Le « oui » et le « non »

La notion de face influe également sur la signification du « oui » et du « non » dans certaines cultures. En effet, une réponse négative peut faire perdre la face à votre interlocuteur, vous n’avez alors pas d’autre choix que de lui répondre à l’affirmative. Cependant, cela ne signifie pas que votre « oui » ne voulait pas dire « non » en réalité… Ce genre de cas est très fréquent en Chine et dans de nombreux pays d’Asie, ce qui peut être très déstabilisant pour les individus qui n’ont jamais entendu parler du concept de face. Ce qui n’est désormais plus votre cas !

Comment ménager la face de ses partenaires commerciaux autour d’une table de négociation ?

Il peut être réellement avantageux d’avoir une certaine expérience de la notion de face et de ce qu’elle implique autour d’une table de négociation. En effet, l’étude précédemment citée a démontré que les négociateurs des cultures de la face et de l’honneur adoptent des stratégies plus concurrentielles et moins collaboratives que dans la culture de la dignité.

Ils sont également moins enclins au partage d’informations et aboutissent généralement à une répartition moins équitable des gains, avec moins de création de valeur.

Ces cultures ne sont donc pas toujours dans la recherche d’une solution gagnant-gagnant afin de préserver l’harmonie des relations professionnelles. Ce qui est vrai dans le cercle privé ne se vérifie pas forcément en entreprise : « ce qui prime est l’établissement d’une dynamique hiérarchique dans la nouvelle relation ». Pour ne pas perdre la face, il vous faudra donc en donner probablement beaucoup…

Les négociateurs des cultures de la face et de l’honneur adoptent des stratégies plus concurrentielles et moins collaboratives que dans la culture de la dignité

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