[Brexit] : Ce que l’Europe a apporté au Royaume-Uni

Matthew MacLachlan

20 Juil 2016

« Nous sommes inextricablement liés à l’Europe. [Personne] ne pourra jamais nous faire sortir de l’Europe car nous sommes en Europe et nous l’avons toujours été. » (Margaret Thatcher, 1975). Après le Brexit, Ian Morris nous remémore dans son article paru dans la Harvard Business Review une citation d’une source  très improbable – Margaret Thatcher, en 1975.

Brexit – Le Royaume-Uni et sa place dans l’Europe

Nous sommes inextricablement liés à l’Europe. [Personne] ne pourra jamais nous faire sortir de l’Europe car nous sommes en Europe et nous l’avons toujours été. » (Margaret Thatcher, 1975)

Le Royaume-Uni fait-il  véritablement partie de l’Europe, en dépit des résultats du référendum sur le Brexit du 23 juin dernier ?

Pour reprendre les Monty Python, « Qu’est-ce que l’Europe a jamais fait pour nous ?».

Les Anglais sont-ils, à l’image des Galiléens opprimés dans le film La Vie de Brian, véritablement européens contrairement par exemple à un pays comme l’Islande ?

Qui sont les Britanniques ?

Un des slogans utilisés par les militants pro-« Brexit » les plus extrémistes était le suivant : « La Grande Bretagne aux Anglo-Saxons ».

  • Ce slogan faisait vraisemblablement référence à une nation composée des : Angles  (Allemands du Nord et Danois),
  • des Saxons (Allemands du centre),
  • des Jutes (Pays-Bas)
  • des Celtes (Pays de Galles, Irlande et Ecosse),

Qui se sont mélangés aux Vikings :

  • du Danemark,
  • d’Islande
  • de Norvège

À l’époque de l’invasion Normande (française), il y’avait peu de traces des tribus autochtones qui précédèrent les Romains. La vague d’immigration du 20ème siècle en provenance de l’ancien Empire n’a que peu changé cet état de fait.

D’un point de vue ethnique, les Britanniques sont indéniablement Européens.

Une nation insulaire ?

Nous sommes peut-être une petite île, mais nous ne sommes pas un petit peuple

L’ancien Premier Ministre Edward Heath a dit un jour « Nous sommes peut-être une petite île, mais nous ne sommes pas un petit peuple ».

Peut-être devrions-nous nous inspirer de cette célèbre citation de John Dunne, « Nul homme n’est une île entière en elle-même, mais chaque homme est une fraction du continent ».

S’il ne s’est pas illustré par son expertise sur les plaques tectoniques, Dunne a émis l’opinion la plus juste – bien que la Grande Bretagne soit actuellement une île, elle a fait intégralement partie du continent européen pendant 99% de l’histoire de la planète.

Bien que la Grande Bretagne soit actuellement une île, elle a fait intégralement partie du continent européen pendant 99% de l’histoire de la planète

Ce n’est que récemment qu’elle en a été séparée  par une fine étendue d’eau : la Manche est large de 32 kilomètres en son point le plus étroit.

Comparativement, Hawaï  est à 3800 kilomètres de Los Angeles, et l’on considère qu’elle fait partie des Etats-Unis d’Amérique ; l’île de la Réunion est située à plus de 9000 kilomètres de la France, mais l’on considère qu’elle fait partie intégrante du territoire français.

Nous pouvons donc en conclure que sur le plan géographique, les Britanniques sont Européens.

Nous pouvons donc en conclure que sur le plan géographique, les Britanniques sont Européens

La langue anglaise différencie assurément les Britanniques des Européens ?

« Si l’anglais était assez bon pour Jésus, il est assez bon pour nous ! » (Attribué à Miriam Ferguson, Gouverneur du Texas en 1924)

Le fait que la langue anglaise, si unique soit-elle, ne se limite pas non plus à la Grande Bretagne ne devrait être une surprise pour personne !

L’anglais appartenant à la catégorie des langues indo-européennes, la grammaire anglaise est en grande partie inspirée de l’allemand – c’est assurément le cas de son système verbal et de sa conjugaison notamment : « thou hast » (anglais ancien) – « du hast » (allemand).

Il reste très peu de vestiges des langues anglaises autochtones – le Cornouaillais est probablement celle qui s’en rapproche le plus – l’anglais que nous affectionnons est à la fois

Et il ne s’agit là que de l’influence des langues modernes (et dans ce contexte, le Latin est considéré comme une langue moderne !).

L’anglais regorge de mots empruntés à de nombreuses langues européennes

L’anglais regorge de mots empruntés à de nombreuses langues européennes et c’est la langue la plus flexible, qui s’est montrée capable de s’adapter et de se développer au gré des évolutions rencontrées par le pays.

Aviez-vous remarqué les origines allemandes et françaises des noms d’animaux élevés pour être consommés ?

Examinez simplement l’origine de ce qui constitue au quotidien le repas d’un Britannique :

Animal (English)

Animal (German)

Meat (English)

Meat (French)

Cow Kuh Beef Boeuf
Calf Kalb Veal Veau
Pig Schweine Pork Porc
Sheep Schaf Mutton Mouton
Hen Huhn Poultry Poulet
Deer Deor* Venison Venaison

Qu’est-ce que l’Europe a jamais fait pour nous ?

  • Le réseau routier britannique s’appuie sur les fondations mises en place par les Romains
  • l’art, la culture et la musique britanniques sont très largement influencés par le Roi Soleil, Louis XIV et la Renaissance européenne
  • leur système judiciaire s’inspire de celui mis en œuvre par les Romains (Italie)
  • les Britanniques préfèrent les meubles suédois et le plus anglais des plats anglais, le fish and chips, est la fusion d’une recette belge et d’une recette espagnole.
  • Leur toute première tentative pour codifier les droits de leurs citoyens, la Magna Carta (ou Grande Charte), dut être traduite en français pour que tout le monde puisse la comprendre.

Sont-ils certains de ne pas vouloir être européens ?

En tant que nation, la Grande Bretagne n’a pas été envahie depuis l’année 1066, il n’y a donc aucune raison pour qu’elle se sente concernée par les guerres européennes, à moins qu’elle ne porte un intérêt tout particulier à l’Europe.

  • 1756 – 1763 : la Grande Bretagne a voulu changer les rapports de force en Europe
  • 1803 – 1815 : les Guerres Napoléoniennes – une tentative pour accroître l’influence de l’Angleterre aux dépens des Français
  • 1856 : la Guerre de Crimée – la restriction de l’influence russe dans le sud de l’Europe
  • 1914 – 1918 : une influence croissante en Europe via une alliance renforcée avec la France
  • 1939 – 1945 : la défense de l’indépendance de la Pologne et la volonté de freiner la progression allemande

La Grande Bretagne n’a jamais été isolationniste et n’a jamais pu s’offrir le luxe de s’en donner les moyens !

Ceci est une liste très simplifiée des raisons qui ont motivé ces conflits mais elle montre qu’historiquement parlant, l’Angleterre a toujours eu des intérêts à défendre en Europe, et a eu la volonté de prendre part aux moments décisifs de l’histoire européenne.

La Grande Bretagne n’a jamais été isolationniste et n’a jamais pu s’offrir le luxe de s’en donner les moyens !

Mais les valeurs culturelles anglaises sont uniques, n’est-ce pas ?

D’un point de vue interculturel,  le Royaume-Uni se situe exactement au centre de l’Europe.

Les façons les plus répandues de mesurer les valeurs interculturelles, par exemple les théories de :

Placent les valeurs anglaises au centre de chaque barème.

Les anglais se situent au milieu de dimensions opposées et constituent un contrepoids qui se place au centre et préconise le compromis :

  • les Italiens sont trop passionnés
  • les Finlandais sont trop calmes
  • la Grande Bretagne se situe entre les deux

Brexit

 

 

  • Les Allemands sont trop précis et ponctuels,
  • Les Grecs sont trop flexibles dans leur rapport au temps
  • Les Britanniques suivent la mode des cinq minutes de retard règlementaires et ont un agenda flexible qui leur sert de ligne directrice sans être trop rigide

Le Royaume-Uni a voté en faveur de sa sortie de l’Union Européenne au terme de 43 ans, et lorsque suite au tremblement de terre politique et économique causé par le Brexit, ses répercussions seront claires pour tout le monde, les Anglais s’éveilleront et réaliseront qu’ils font toujours partie de l’Europe, quoiqu’en dise la paperasse.

Les Anglais s’éveilleront et réaliseront qu’ils font toujours partie de l’Europe

Seulement maintenant, ils auront à travailler un peu plus dur pour reconstruire la confiance et l’influence culturelle qu’ils avaient bâtie ; ils auront besoin d’investir davantage de temps dans l’apprentissage des langues et des comportements culturels européens de façon à s’assurer que maintenant qu’ils ne font plus partie du club européen, ils sont capables de conserver leur position au cœur de la culture, des affaires et… de la vie européenne.

Ultime ironie du sort, le 27 juin dernier à Paris, l’Angleterre a disputé un match de football contre l’Islande (un ancien membre potentiel de l’Union Européenne dont la candidature n’a pas abouti) pour gagner le droit de rester en Europe.

L’Islande a remporté la victoire et l’Angleterre a quitté l’Europe pour la seconde fois en une semaine ! Ce n’est pas le scénario que de nombreux votants auraient souhaité.

 

 

[if lte IE 8]
[if lte IE 8]
[if lte IE 8]
[if lte IE 8]